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Droit de réponse

lundi 11 août 2008

Il y a eu une vive polémique au sein du quartier réunion sur l’attitude à adopter par rapport au Jardin Solidaire. Fallait-il modifier les plans municipaux pour le préserver ? L’écraser sous le béton comme si rien ne s’était passé ? Etait-il possible de le déplacer ? Quelle importance pour l’un et pour l’autre ?
Voici une lettre ouverte écrite par Cédric en réponse à Florence de Massol, à l’époque membre du conseil de quartier (elle est aujourd’hui adjointe au nouveau maire).


Cédric : Une polémique assez décevante est entretenue autour de la problématique de l’avenir du Jardin Solidaire du XXe, elle est relayée par ce texte « Quelques informations complémentaires à propos du jardin solidaire » de Florence De Massol, coprésidente du conseil de quartier Réunion Père-Lachaise.
Voici la réponse point par point de l’association à ce texte dont nous déplorons la teneur accusatrice.

Florence de Massol :

« Le jardin solidaire est un bel endroit (surtout quand on se souvient de l’état de la friche avant que Cédric, Régis et les autres ne s’en occupent) et une belle aventure avec une forte implication d’un petit groupe d’habitants et d’enfants du voisinage. Mais le terrain sur lequel ils se sont installés est réservé depuis 10 ans à un gymnase et à des logements. L’association Le Jardin Solidaire a signé, avec la Mairie du XXe et la Mairie de Paris, une convention d’occupation provisoire où elle s’engage à ne plus utiliser le terrain quand la construction du gymnase commencera. Or cette construction doit (enfin !) commencer en septembre 2005. Les formalités administratives sont faites et l’équipe d’architecte a déposé le permis de construire. Le conseil de quartier Réunion Père-Lachaise a donc demandé avec force et insistance à la Mairie du XXe (réponse aux questions du public lors de l’assemblée plénière du 08/06/2004 puis Vœu décidé à l’unanimité des conseillers lors de l’assemblée plénière du 18/11/2004) que l’association soit relogée et que les arbres soient transplantés sur un autre terrain dans le quartier. Nous espérions que le jardin solidaire, en quittant un lieu prêté pour une durée limitée, puisse enfin s’installer sur un terrain non constructible rendant possible une occupation à long terme, qu’il puisse quitter la précarité et s’ancrer durablement dans le quartier. Les élus du XXe ont alors proposé plusieurs possibilités au jardin solidaire :
  • d’abord sur le toit du futur gymnase (une terrasse plantée d’environ 1000 m2)
  • puis dans le terrain Fréquel-Fontarabie (environ 1700 m2 à partager avec l’association des Petits
    Pierrots qui y gérait un terrain d’aventure)
  • et enfin dans l’extension du jardin casque d’or (un terrain de 1400 m2 avec un petit jardin écolier pour l’école Vitruve dans le prolongement du jardin public Casque d’Or) »

Cédric : 1°- la Mairie du XXe ne nous a pas proposé la terrasse plantée : Fabienne Giboudeaux a commencé à nous en parler à la réunion du 12.10.2004 lorsque Catherine Vieu-Charier l’a interrompue pour dire que cela n’avait absolument pas été décidé par le Maire. Ce qui est vrai, c’est que nous n’admettions pas que la terrasse soit présentée comme la solution de remplacement du Jardin Solidaire, mais nous accepterions de participer à la création et l’animation de la terrasse en partenariat avec la structure qui va la gérer et les autres associations du quartier.

2°- la proposition de Fréquel-Fontarabie nous a été faite par Laurent Boudereaux lors de discussions informelles puis par le Maire en Conseil de Quartier mais sans véritable projet et sans concertation commune avec François Grandeau, responsable de l’association « Les Petits Pierrots » qui occupe le lieu depuis des années (terrain d’aventures). Cette proposition a vite été abandonnée puisqu’elle nous demandait d’investir un terrain déjà en activité et en chantier dans quelques années …

3°- la réponse à la seule vraie proposition, celle de l’extension de Casque d’Or, doit être rendue par l’association le 9 mai, elle n’a donc pas fait l’objet d’un refus ! Nous avons organisé une consultation (cf. site www.jardinsolidaire.org) de 1000 sympathisants du jardin et signataires de la pétition « Oui à un gymnase ! Oui à un jardin partagé dans notre quartier ! Sur les 160 habitants qui ont répondu dans le court délai qui nous avait été accordé (à peine 15 jours), 80 % n’approuvent pas la proposition des élus, la plupart considérant que l’avenir du Jardin Solidaire est indissociable d’une solution d’urbanisme globale pour le quartier. L’association s’engage à accepter cette proposition sans condition si, à l’issue d’une information et d’une consultation en bonne et due forme, telle est la volonté exprimée par les habitants et les associations du quartier.

Florence de Massol :

« Malheureusement et jusqu’à maintenant, l’association a refusé toutes ces propositions et malheureusement aussi, comme on est à Paris, les terrains disponibles sont rares. Et là, à moins de démolir quelques immeubles, de réquisitionner le cimetière du Père-Lachaise ou d’étirer magiquement l’espace, on arrive au bout des possibilités ! »

Cédric : Comment peut-on affirmer que l’on a refusé toutes les propositions de la Mairie alors que l’on ne nous a fait qu’une seule proposition officielle et valable à laquelle nous devons répondre le 9 mai ?

Florence de Massol :

« Le gymnase et les logements qui l’entourent ont été promis aux habitants du quartier il y a prés de 10 ans. »

Cédric : Effectivement, le gymnase « a été promis aux habitants il y a dix ans ». Depuis, le quartier a changé, la société également, et les demandes et les priorités des habitants ont évolué : en 2004, la consultation de Bertrand Delanoë, organisée dans le cadre de la révision du PLU a révélé que 93 % des habitants consultés demandent des espaces verts avant toute chose.

Florence de Massol :

« Le collège Henri Matisse (environ 400 élèves) n’a pas de gymnase à proximité et c’est en particulier pour lui que le gymnase est prévu. Ce sont près de 1500 collégiens qui en 10ans ont été privés de la moitié de leurs heures de sport parce qu’ils les perdaient en transport. Et ce n’est pas parce que l’Est Parisien est pauvre en équipements publics qu’il doit le rester ! »

Cédric : Il y a des gymnases à proximité : le collège Henri Matisse est à près de 100 m d’un petit gymnase rue Monte Cristo qui permet de pratiquer le tennis et le foot en salle, des élèves s’y rendent régulièrement, il est situé à quelques rues du gymnase des Orteaux ; le complexe Louis Lumière (un des plus grands espaces sportifs parisiens) est en revanche à vingt minutes de marche dans le prolongement de la rue du collège (soit 5 min en minibus).
On s’attriste sur le sort des élèves du collège, mais qui s’est préoccupé de celui des enfants du Jardin Solidaire qui ont passé depuis quatre ans dans le jardin, plus de dix heures par semaine et leurs vacances scolaires autour d’activités collectives de lecture, de dessin, de jeux, de jardinage… ? Que dire de certains autres usagers du jardin pour lesquels une transition mal accompagnée serait vécue de façon dramatique ?Nous sommes déjà confrontés à des réactions de méfiance, de défiance et d’incompréhension de la part de ceux qui craignent et pensent que l’association les trahit et les abandonne. Nous sommes les seuls à avoir prévenu très tôt les enfants comme les adultes que le Jardin avait très peu de chance de rester sur son site. La demande de gymnase est certainement encore d’actualité, mais la consultation des habitants au marché ne révèle absolument pas que cette attente soit pour eux une priorité. Ce sont principalement les élus qui se font les fervents rapporteurs d’une demande expresse des habitants que nous n’avons pas ressentie sur le terrain auprès des milliers de citoyens rencontrés (dont les 2500 signataires de la pétition).
Pourquoi ne serait-il pas possible de prendre le temps de concilier gymnase et jardin sans faire d’erreurs (même si finalement le gymnase se fait bien là) ? De tels enjeux à l’échelle d’un quartier ne méritent-ils pas qu’on leur consacre davantage de temps dans un climat serein ?

Florence de Massol :

« Dans le quartier on attend avec impatience (10 ans c’est long) le gymnase et les logements prévus (ce sont des logements OPAC pas chers, ceux qui manquent le plus en ce moment !!!). »

Cédric : Les logements OPAC prévus avec la terrasse plantée et le parking souterrain ne sont pas des logements pas chers : INFO).

Florence de Massol :

« Mais, en même temps, on espère toujours que le Jardin Solidaire acceptera une des propositions de relogement. »

Cédric : Il ne s’agit pas du simple relogement d’une association mais de la mort d’un jardin et de la naissance d’un nouveau jardin. Ceci est faisable, mais suppose de la part de la mairie d’arrondissement qu’elle aménage une transition indispensable

Florence de Massol :

« La dernière, dans l’extension de Casque d’or, est la plus intéressante parce qu’elle sera disponible dés cet été, parce que c’est grand, que les arbres, les fleurs et les légumes y seront bien et parce que c’est à peine à 200m du terrain que la mairie leur prête actuellement. Dans le quartier, nous avons besoin des logements et du gymnase et mais aussi de jardin partagé ! Que va faire l’association ? Que cherche t-elle en refusant systématiquement toutes les propositions de relogement ? Pourquoi mettre en danger une expérience si intéressante ? Pourquoi vouloir diviser les habitants en leur faisant croire qu’ils doivent choisir entre un jardin partagé d’un coté et les logements avec le gymnase de l’autre ? »

Cédric : On nous prête à tort des intentions malhonnêtes et malveillantes : les mots ou expressions « Que cherche-t-elle ? », « danger », « diviser », « faire croire » …nous présentent comme un adversaire douteux ou même dangereux. C’est assez décevant et incompréhensible de la part d’une coprésidente de conseil de quartier d’un arrondissement prônant la démocratie participative locale de montrer du doigt, de traiter ainsi avec mépris une association d’habitants qui se sont battus physiquement et moralement pour le quartier dans un contexte difficile en plantant des arbres et des fleurs dans une décharge.

Florence de Massol :

« Pourquoi avoir fait croire aux habitants, au conseil de quartier, aux autres associations du quartier et aux élus du XXe et de l’hôtel de ville que leur seul but était la poursuite des activités de l’association alors qu’on découvre maintenant que ce qui paraît être le plus important pour eux c’est de s’opposer à la Mairie en oubliant et l’intérêt général et leur parole donnée ? »

Cédric : Cette accusation est grave et malhonnête :
1°- elle nous accuse d’avoir trompé les habitants et partenaires politiques ;
2°- elle salit l’authenticité de notre engagement passé et présent en nous prêtant de fausses intentions, en remettant en cause notre parole et notre souci premier de l’intérêt général ;
3°- elle nous désigne encore une fois comme un adversaire de la Mairie : « ce qui paraît être le plus important pour eux c’est de s’opposer à la Mairie ». Quel est l’intérêt de travailler bénévolement plus de 15 000 heures en 4 ans sur un terrain vague avec des enfants et des adultes souvent en grande difficulté en s’exposant à toutes les tensions et violences du quartier dans le but de s’opposer aux élus pour lesquels on vote à chaque élections ?! C’est une drôle de façon de nous remercier du travail social fait dans le quartier !

Florence de Massol :

« Voilà quelques unes des question qu’on se pose et qui, malgré des discutions nombreuses avec des représentants de l’association, n’ont pas eu de réponse. »

Cédric : Qui se pose ces questions ? certainement pas les centaines d’habitants qui fréquentent le Jardin et qui ont bien compris notre démarche. Quant au besoin de réponse, il suffit de consulter le site du Jardin, l’affichage dans le Jardin, sans parler des dossiers et courriels envoyés aux élus (cf. infos ci-dessous) …

Florence de Massol :

« Et puis, il y a une autre conséquence possible à ce problème du jardin solidaire (s’il ne respecte pas la convention qu’il a signé), c’est de savoir si la mairie ou l’OPAC accepteront de nouveau que des associations ou des collectifs occupent provisoirement des terrains en friche dans Paris ? Pourront-ils de nouveau faire confiance à un groupe d’habitants ? Ici ce n’est pas seulement l’avenir du jardin solidaire qui se joue mais aussi celui des jardins provisoires et des occupations précaires. »

Cédric : Trop peu de responsables politiques ont perçu le Jardin Solidaire autrement que comme un problème, en appréciant notamment à sa juste valeur le lien social fort tissé depuis 2001.
En vertu de quoi ne devrait-on pas nous faire confiance ?
L’association respecte et respectera rigoureusement la convention qu’elle a signée et s’engage à accepter l’extension de Casque d’Or sans condition si, à l’issue d’une information et d’une consultation valable, telle est la volonté des habitants et des associations du quartier. Nous n’avons en revanche jamais signé de convention qui interdise d’alerter les élus sur la nécessité d’informer et de consulter les habitants lorsque l’on constate qu’ils expriment des attentes différentes de celles qui sont perçues et défendues par les responsables politiques. C’est là tout ce que nous faisons !
Il ne s’agit pas de défendre un intérêt particulier, il s’agit de défendre le droit à l’expression de nombreux habitants qui se rassemblent plus facilement autour d’un jardin de quartier que dans un Conseil de Quartier (de tels jardins permettent en effet de prolonger l’effort de démocratie participative engagé dans les Conseils de Quartier). Le recours à cet argument culpabilisant de mise en danger des futurs jardins partagés ressemble fort à du chantage. Il est aussi du ressort des institutions d’accompagner soigneusement les différentes étapes de l’occupation provisoire d’un terrain. De notre côté, nous nous sommes efforcés de faire les choses au mieux. Encore une fois, c’est une drôle de façon de saluer l’importance reconnue du Jardin Solidaire du XXe dans l’essor des jardins partagés de la capitale (il est devenu une référence en étant le plus grand et l’un des tous premiers, des plus ouverts, des plus populaires et développés). Si on nous propose un terrain définitif c’est bien parce que l’on s’est battu et cette proposition d’avenir n’arrive qu’à 5 mois de la démolition du Jardin (cf. chronologie ci-dessous).

Pour conclure :
La vraie question que tout cela pose, bien au-delà de la problématique locale du gymnase et du jardin, c’est celle de la fragilité de la démocratie participative locale. Il semble que lorsque l’on entreprend une opération d’envergure dans son quartier (surtout si c’est dans l’intérêt général)on risque de voir se dresser contre soi des institutions et pouvoirs politiques qui se sentent dépossédés, remis en cause voire menacés. Dans un jardin comme celui-là, c’est une histoire forte qui se cultive : ce qui s’y passe dépasse de loin la création, la gestion et l’animation du simple espace vert assumées par l’association. C’est pourquoi nous sommes convaincus que ni les responsables de l’association, ni les élus ne peuvent déplacer avec succès cette histoire sans un minimum de concours des habitants. On ne demande pas à rester là coûte que coûte, on demande que l’issue, quelle qu’elle soit, puisse être concertée et la prise de décision partagée ! C’est la nature partagée de ce type d’aventure que l’on défend : si le jardin est réellement partagé son avenir ne peut pas être décidé et assumé sans les habitants qui le partagent. Est-ce vraiment mettre en danger les futurs jardins partagés ou bien simplement défendre une vision plus avancée de la citoyenneté ? Devrait-on se résoudre à ce que les jardins partagés soient finalement un peu partagés mais pas trop ?

Cédric BENYOUNÈS-MAYMARD
Trésorier de l’association Le Jardin Solidaire du XXe
Professeur de Sciences Physiques au Lycée de DRANCY
Habitant de la rue du jardin.

Informations complémentaires :

1) Position de l’association Le Jardin Solidaire du XXe

  • L’association a signé le 23.12.2003 et respecte avec sérieux une convention d’occupation provisoire du terrain jusqu’au premier septembre 2005 (usages, règles d’ouverture, point d’eau, autorisation animations …).
  • L’association, si elle ne souhaite évidemment pas la destruction de l’actuel Jardin, n’a ni le droit ni l’intention de décider d’y rester par la force et/ou de refuser seule de transférer une partie de ces activités sur le terrain proposé par les élus.
  • L’association ne fait qu’alerter les responsables politiques sur la nécessité d’informer et de consulter rapidement et efficacement le maximum d’habitants concernés pour éviter des erreurs irréversibles pour l’avenir du quartier Réunion (l’absence ou la précipitation des décisions concernant l’avenir du Jardin ont déjà fait quelques remous).
  • L’association s’engage à accepter l’extension " Casque d’Or " sans discussion si, à l’issue d’une consultation valable, telle est la volonté majoritaire du quartier (habitants et associations). La réunion publique du 18 mai est un premier pas satisfaisant, mais nous tenons très sérieusement à l’organisation d’une seconde réunion publique avec les élus dans le Jardin : une sorte de Conseil de Quartier extraordinaire, un samedi après-midi pour être au plus près du lieu dont il est question et de l’ensemble du public qui l’affectionne.

Toute la petite équipe du Jardin Solidaire du XXe.


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